Le capitalisme est bien plus qu’un système économique

Début septembre, je suis allée à une conférence philosophique en Mayenne sur le thème « Ecologie et psychologie, des chemins pour le réenchantement du monde« . J’ai fait connaissance du philosophe Mohamed Taleb. Son exposé passionnant m’a livré une nouvelle réponse à la question qui me tarabuste « Comment on en est arrivé là ? « . Mohamed Taleb révèle l’essence du capitalisme. Le capitalisme est bien plus qu’un système économique. L’impasse des opposants est d’avoir réduit le capitalisme à un système économique et de rester dans le même système de pensée. Ils en dénoncent les méfaits, les conséquences, mais ils oublient de regarder son essence profonde.

Commençons par un petit détour historique. Les Grecs avaient deux voies d’accès à la réalité : le « logos » (la science, le langage, ce qui analyse et décortique) et le « mythos » (les oeuvres imaginaires qui donnaient du sens, de la profondeur). Ils marchaient sur deux jambes. C’était sans doute vrai aussi pour bon nombre d’autres civilisation anciennes. La vision cartésienne, raisonnante (Descartes) nous a coupés du « mythos » : nous ne marchons plus que sur une jambe ! Depuis des siècles et surtout depuis le 19e siècle, la vision du monde en Occident s’est réduite au « logos ». Le capitalisme en est le fruit. Ce qui importe pour le capitalisme c’est de transformer tout ce qui existe en choses, en marchandises. L’outil principal pour ce faire, c’est la réduction : découper, réduire, priver de sens, pour pouvoir « chosifier ».

Cette approche réductionniste est la clé de la compréhension de la crise actuelle : quand le « logos » reste seul, privé de son équilibre avec le « mythos », il devient fou. On en est là.

Nous sortirons de cette crise en retrouvant le « mythos » : en réenchantant le monde, en comprenant qu’il existe plusieurs niveaux de réalité (alors qu’on veut nous faire croire que seul le « logos » est réel). Pour y parvenir, c’est assez simple : créer des liens, des analogies, des relations, donner du sens au lien, retrouver notre imagination créatrice, contacter l’âme du monde (l’inconscient collectif selon Jung)… Et puis aussi autoriser la science à redevenir une science d’admiration et de contemplation du monde alors qu’elle est actuellement dirigée de façon à accentuer notre domination sur le monde (sur la nature, sur les êtres vivants…).

En résumé, le capitalisme est le reflet d’un système de pensée réducteur et mortifère dans lequel nous avons été élevés et conditionnés… La libération se passe aussi dans nos têtes et dans nos coeurs 🙂

Un compte-rendu assez complet de la conférence de Mohamed Taleb se trouve ici, « Paroles de réenchanteur », rédigé par Pascal Gaillard.

Article présent dans la rubrique Ce qui me tarabuste, Comment on en est arrivé là.
 
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2 commentaires

  1. Geneviève :

    Commentaire de Dominique que je recopie :
    Je signe avec les 2 mains l’analyse de Mohamed Thaleb.
    Personnellement, j’ai été élevé dans le mythos catholique, puis j’ai connu de multiples « contre-mythos », j’ai connu le « logos » intégriste puis révolutionnaire et le « contre-logos ».
    Etc Etc… J’ai sauté de l’un l’autre et de l’autre dans l’un…

    Je te joins un texte qui fait un peu la résilience de tous ces parcours : «  paroles de ricochet « 

    Le 24 septembre 2012
  2. Christian :

    Je suis d’accord qu’il faut sortir du « logos » mais plutot que « mythos » je pencherai vers la « sophia ».
    Nous pouvons ainsi avoir les trois niveaux de notre oïkos , maison – planète
    La gestion : ECONOMIE
    La science: ECOLOGIE
    mais surtout la SAGESSE: ECOSOPHIE
    La sagesse qui nous manque pour remettre de l’ordre : cosmique !

    Le 7 mai 2013

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